Notre Monde dans tous ses Etats

Notre Monde dans tous ses Etats

9 - La métamorphose.

La vie prend parfois une tournure imprévue. Qui aurait imaginé cette évolution depuis qu'on m'a affublé de cet appareillage fait de tuyauterie translucide, de vessie en plastique gradué prolongée d'un joli petit robinet bleu. Quand je dis « joli », c'est une figure de rhétorique car je sens que je m'y attache si je puis dire. Disons que j'éprouve une certaine affection envers lui. Mais il n'est pas plus joli que ceux qu'on peut trouver sur n'importe quel cubitainer.

Je me rappelle qu'au tout début tout cet accoutrement me gênait, dès que je me déplaçais toute la tuyauterie se mettait à ballotter et le corps n'acceptait pas ce matériel, il s'en défendait, et il le manifestait par des douleurs. Pas insoutenables. Gênantes. Dérangeantes.

Mais les hôpitaux de Paris voient leurs budgets qui se réduisent, ou en tout cas qui ne peuvent plus suivre l'évolution technologique. Plus le temps passe et plus la technique permet d'aller voir se qui se passe à l'intérieur avec précision, sans avoir besoin d'ouvrir ; ce qui n'est pas le cas pour mon frigo. Il faut bien financer le coup d'utilisation de ces équipements. Réduction des coûts. Plus d'hospitalisation si ce n'est pas ABSOLUMENT nécessaire. Donc les délais d'attente sont longs. Et ce faisant mon organisme s'adapte à l'équipement.

Un scientifique a annoncé que la « fonction faisait l'organe ». Ça n'engage que lui bien sûr, et je ne partage pas ce point de vue, pourtant, ce que je constate c'est que « l'absence de fonction défait l'organe ». Comment puis-je vous décrire la situation. Après de multiples plaintes et gémissements du corps juste après la pause de l'ÉQUIPEMENT (comme je l'explique au début) mon sexe à commencé à se recroqueviller et à se replier sur lui-même. Sa taille allait en diminuant. Bien sûr la taille n'est pas l'essentiel. Mais il y a des limites. Et au bout d'une semaine non seulement sa longueur avait largement diminuée, mais son diamètre également. Il commençait à se fondre avec l'équipement. A ne vouloir faire qu'un avec lui, à l'incorporer. Et ce mot INCORPORER est particulièrement horrible dans la situation sans laquelle je me trouve. Mon corps INCORPORE l'équipement. Mon sexe s'identifie au tube de la sonde. Il se transforme, et épouse le plus possible ce tube en caoutchouc jaune. Au point qu'aujourd'hui il n'est plus qu'une peau qui le recouvre. Il y a osmose entre mon « appendice » – je ne vois pas comment le nommer autrement maintenant – et l'EQUIPEMENT. Mon corps ne manifeste plus aucune douleur. Mais je triche un peu en disant ça. Si j'appuis avec un peu de fermeté sur le tuyau jaune, je ressens un petit quelque chose. Des terminaisons nerveuses se sont développées dans l'EQUIPEMENT ; il faut bien l'admettre. Alors aujourd'hui je ne sais pas bien dire où il commence et où il fini. Il s'intègre à mon organisme. Il le prolonge. Je présume qu'à l'intérieur, ma vessie est réduite à sa plus simple expression. Ma vraie vessie se trouve maintenant dehors et j'aime autant vous dire que j'en prends le plus grand soin. D'ailleurs elle aussi manifeste son état. Alors qu'au début il fallait que je contrôle son taux de remplissage tactilement ou visuellement. Maintenant je la sens. Je la ressens. Un peu comme l'ancienne qui se trouvait à l'intérieur. Les terminaisons nerveuses ont donc poussé jusque là. C'est incroyable !

Je ne crois pas que j'en parlerai à qui que ce soit du corps médical. Leur esprit est par trop sclérosé par l'immensité de leur savoir. Leurs raconter ça, remettrait en cause les fondements de leur science.

Et le petit robinet bleu pour lequel j'ai de l'affection, et qui se trouve sous ma nouvelle vessie. Il a la fonction de l'autre en ce qui concerne l'évacuation du liquide urinaire. Mais je pense que bientôt, les terminaisons nerveuses iront jusqu'à lui. Et là, , je n'ose pas encore imaginer ce qui pourrait se passer. Vivre une première érection bleue ! Vais-je vivre des sensations sexuelles nouvelles. Ah ah, il y a peu vous me plaigniez. Mais maintenant qui dit que vous n'échangeriez pas votre place contre la mienne… Je vais le surveiller de prêt MON JOLI petit robinet bleu. Je vais me concentrer sur ce que je ressens. Et là justement, tout en tapant sur mon clavier, et en y pensant je ressens qu'il se passe quelque chose. L'impression que j'ai c'est qu'il s'allonge sensiblement. Je vous jure !

Tout ça me fait penser à Pinocchio, sauf que moi je ne vous raconte pas d'histoires bien sûr !

A suivre …



04/07/2007
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 32 autres membres