Notre Monde dans tous ses Etats

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21 - Rupture (première partie)

Elle était allongée sur le dos de tout son long sur le canapé en cuir noir, les deux pieds croisés, les mains derrière la tête posée sur le coussin du bout, le regard planté dans le plafond. Sur le plateau en verre fumé de la table basse, à porté de main, un verre pratiquement vide se reflétait à côté de la bouteille de Clan Campbell. Une blonde, dans le cendrier lâchait son petit filet de fumée bleue.

Elle n'arrêtait pas d'imaginer la scène, et avait beau retourner le film dans tout les sens, pas moyen de se décontracter, pas moyen d'évacuer ce sentiment de culpabilité qui restait accroché au tréfonds de son cerveau. Elle jeta un coup d'œil à sa montre, tendit le bras, et finit le reste de whisky d'une seule traite. Elle esquissa une petite grimace et souffla. Aucune flamme ne sortit. 18h25. Il n'allait plus tarder maintenant ! Elle se laissa choir et reposa le verre.

Elle repensait à ses débuts avec Alain, et à cette période où elle avait eu besoin d'autre chose. En replongeant dans le passé elle découvrait que les évènements s'emboîtait à merveille : Elle avait cessé de prendre la pilule depuis qu'elle avait rencontré Jean et s'en servait de prétexte pour espacer ses rapports avec Alain. Seule la tendresse et la régularité de la vie quotidienne justifiaient leur vie ensemble. Les feux du désir n'étaient plus que braises tièdes. Les choses lui paraissaient d'une pureté cristalline. Toutes ces pensées enrubannées d'alcool la regonflèrent.

Son attention fût attirée par des bruits de pas dans l'escalier. Elle tendit l'oreille et reconnu ceux d'Alain. Au moment où la clef tournait dans la serrure, elle avala une bonne gorgée. Une coulée de lave. Elle fit POUOUAAA dans sa tête.

-         T'es là ?

-         Je suis dans le salon !

Alain accrocha sa veste sur le perroquet de l'entrée et alla rejoindre Patricia en tirant sur sa cravate.

-         Qu'est ce que tu fais là ? gémit-il en extirpant la cravate de sa tête.

-        

Alain l'embrassa.

-         Tu n'étais pas d'après-midi aujourd'hui ?

-         Je te sers quelque chose ?... un gin ?

-         D'accord pour le gin !

Elle sortit un verre, empoigna la bouteille par le col et lui versa de quoi tenir un bon moment.

-         Bonjour la dose ! lança-t-il en regardant son verre.

-         Faut c'qui faut !

-         T'as pas répondu à ma question !

-         Je suis de repos. Ça arrangeait une collègue, trouva-t-elle.

Il enleva ses mocassins blancs, et fit des boules avec ses chaussettes qu'il enfonça à l'entrée de ses chaussures. Il poussa l'ensemble du pied, en regardant Patricia qui faisait sa grimace en reposant son verre.

Le frigo démarra dans la cuisine.

-         En tout cas, ça n'a pas l'air d'aller très fort. T'as des problèmes à ton boulot ?

Il sentait qu'un grain de sable coinçait quelque part, que la machine ne tournait plus rond. Depuis quelques mois elle avait repris le dessus et sa présence rayonnait dans tout l'appartement. Et que je t'accroche une photo par ci, et que je te pose un bouquet par là, et mon nouveau parfum me colle bien ? T'as vu ma nouvelle jupe ? Elle avait même chamboulé tout de salon.

-         Non non ! Je t'assure !

Il fallait qu'elle fasse quelque chose. Peut-être bien prendre le taureau par les cornes. L'atmosphère commençait à lui sembler plus que pesante.

-         J'ai quelque chose d'important à te dire, lança-t-elle de but en blanc.

Elle but une gorgée. On sonna à la porte. Elle alla ouvrir. La vie lui accorda quelques secondes.

-         Bonjour madame.

-         Bonsoir toi !

-         Est-ce que vous ne voudrez pas d'un petit chat, pasque sans ça mon père a dit qu'il allait le noyer.

-         Tu sais, on n'est pas souvent là tous les deux…

-         Qui c'est ? l'interrompit Alain en hurlant du salon.

-         C'est le petit Michel, le fils de la voisine du dessous qui veut nous donner un chat.

-         … et puis il est tout petit, il a besoin qu'on s'occupe de lui. Il va s'ennuyer tout seul ici. Tu ne voudrais pas qu'il soit malheureux ?

-         Il est comment ? hurla Alain du salon.

-         Tout noir. Une petite boule noire !

-         Qu'est ce que je vais en faire alors ?

-         Je ne sais pas. Va voir madame Chevalier au quatrième, elle est en retraite, peut-être qu'elle voudra. Ça lui tiendra compagnie.

-         Oh ! T'as vu les yeux qu'il a ! dit Alain qui, arrivé du salon, avait la tête posée sur l'épaule de Patricia.

-         Ouais, mais c'est pas possible, on n'est jamais là, dit-elle en se dégageant.

-         Tu sais un chat ça se débrouille tout seul. Tu lui mets du lait, une litière, tu lui achètes deux bricoles pour jouer et c'est gagné.

-         Ouais, pis i fait pas de bêtises, il fait pas pipi partout, rajouta Michel qui essayait de faire pencher la balance de son côté.

-         J'ai pas envie de ce chat. C'est un souci de plus. D'accord il est adorable et tout ce que tu voudras, mais j'ai vraiment pas envie de m'en occuper.

-         Bon j'insiste pas !

-         Désolé Michel. Essaies madame Chevalier, dit Patricia.

-         B'soir m'sieurdame !

-         Il avait l'air tout triste, dit Alain après avoir refermé la porte.

Ils se réinstallèrent dans le salon. Une petite odeur de pied flottait discrètement.

-         Tu avais quelque chose d'important à me dire, rappela Alain en aspirant une petite lampée du fameux alcool.

Les coudes sur les deux cuisses, légèrement en avant, bien campé sur ses pieds, il faisait tourner son gin au fond de son verre d'un mouvement souple du poignet.

Elle se trouva à cet instant dans la position de celle qui venait de traverser la France à pieds avec deux valises remplies de plomb. Elle allait les poser et cet acte la délivrerai une bonne fois pour toute. Elle se senti plus détendue.

-         Je vais partir.

Ça y est, je l'ai dit, pensa-t-elle. Il lui semblait que c'était une bonne idée de commencer comme ça. Un départ n'avait pas forcément un caractère définitif. Le plus gros lui semblait fait mais elle aurait donné n'importe quoi pour être plus vieille de quelques heures.

Ça y est, c'était donc ça, pensa-t-il. Il arrêta net son mouvement du poignet. Il resta bloqué en arrêt sur image, et le silence qui emplissait la pièce depuis déjà une bonne seconde, donnait un aperçu de la puissance du choc. Il avait fermé les yeux. Une ambulance passa dans la rue. Ce n'était pas pour lui. Son cerveau commençait à s'emballer et il essayait de contrôler la machine du mieux qu'il pouvait.

- Comment ça tu vas partir ?…Qu'est ce que tu veux dire ?… T'as besoin de prendre l'air ?

Il refusait l'idée de la séparation. Il avait encore en lui ce foutu espoir, cette dernière branche à laquelle il se cramponnait, la seule qu'il avait trouvé dans sa dégringolade. Il espérait qu'elle allait tenir bon, qu'elle n'allait pas péter. Il se sentait suspendu au dessus du vide. Un vide monstrueux.

- Je crois qu'il va falloir qu'on se sépare.

La branche à fait CRAAAC ! Il ne sentait plus son corps, il descendait en chute libre. Il attrapa la bouteille de gin au passage, l'inclina et laissa le liquide grimper assez haut en cramponnant son verre. Il en avala la moitié d'un coup, son corps vînt se recoller à lui.

-         Merde tu m'annonces ça comme ça, comme si c'était une fatalité, qu'on n'y pouvait rien. Je comprends pas…

-         Qu'est-ce que tu comprends pas ?

-         Ça marchait bien depuis un moment, t'avais retrouvé la pêche, et crac, d'un seul coup, tu balayes tout. Alors je ne comprends pas. JE NE COMPRENDS PAS !

-         Ecoute, c'est pas venu d'un coup par l'opération du saint-esprit. Mais la situation pour moi fait que ça ne va plus être possible de continuer ensemble.

-         Quelle situation ! Vas-y franchement, dis les choses, vas au bout maintenant MERDE !

-         Calme toi ! Comment veux-tu que je t'explique ?! Tu crois peut-être que c'est facile pour moi. Je sais que tu vas avoir mal, JE LE SAIS CA MERDE !

Alain alluma une cigarette, souffla la fumée sur le petit bout rouge et balança le paquet sur la table. Patricia l'attrapa et en sortie une consciencieusement, prit son temps pour l'allumer, ferma les yeux en remplissant ses poumons et reposa le tout. Chacun avait besoin de faire refroidir ses neurones.

-         J'ai changé, Alain. Tu ne t'en es peut-être pas rendu compte, mais j'ai changé. Pas du jour au lendemain bien sûr. Quant on s'est rencontré tu m'impressionnais beaucoup, tu étais sécurisant, je sentais que je pouvais m'appuyer sur toi. J'avais dix neuf ans, t'en avais trente huit. Je n'étais pas complètement adulte. Tout allait bien, je t'aimais, j'étais bien avec toi, tu m'as apportée beaucoup. Puis petit à petit je sentais que j'avais de moins en moins besoin de toi. Quand je dis que je sentais, en fait je ne sentais rien du tout à l'époque. C'est aujourd'hui en regardant en arrière que tout me paraît clair. Je crois que je suis arrivée au bout, sans vraiment m'en rendre compte.

-         Y a quelqu'un d'autre ?

Il tira une longue bouffée en la regardant dans les yeux.

Il n'écoute pas, pensa-t-elle. IL NE M'ECOUTE PAS !

-         Qu'est ce que ça change ? Je suis en train de t'expliquer ce qui s'est passé pour moi alors que tu ne t'es aperçu de rien, et tu me demandes si il y a quelqu'un d'autre ? J'essaie de t'expliquer les choses dans l'ordre et c'est vraiment pas facile. Qu'il y ai quelqu'un d'autre n'est pas la cause de la situation d'aujourd'hui.

-         C'est quoi cette cause alors ?

-         C'est ce que je suis en train de t'expliquer justement !

Elle tira une grosse bouffée, et massacra le reste de la blonde dans le cendrier en la tortillant dans tout les sens.

-         A dix neuf ans je n'étais qu'une gamine et j'ai évolué. J'ai rencontré des gens nouveaux, dans le cadre de mon travail, qui m'ont ouverte sur ce que je suis vraiment, ça m'a fait bouger. Mais toi à trente huit ans tu étais déjà fini…

-         Merci ! T'es sympa !

-         C'est pas ce que je veux dire ! je veux dire qu'à trente huit ans tu ne te cherchais plus. Tu étais sûr de toi. Tu étais un homme mûr. J'avais peut-être encore besoin d'un père.

Alain avait le sentiment que la vie l'avait trompé. Elle était là, il avait confiance, il se laissait simplement glisser dans le flot de quotidien. Il n'avait rien vu venir de cette monstrueuse cataracte. Ça le chauffait entre les doigts. Il jeta sa cigarette avant que le filtre ne crame complètement, mais la cendre tomba sur le verre fumé juste à côté du cendrier. Il mouilla abondamment de salive son majeur, et essaya d'attraper la cendre avec. Elle se désagrégea et il se retrouva comme un gland avec tout le truc au bout du doigt. Cette journée avait basculé vers l'enfer. Il essuya son majeur dans le creux de l'autre main et les frotta pour faire disparaître l'affreuse mixture. Il ne se sentait pas suffisamment armé pour faire le voyage dans la cuisine.

- Et finalement, y a quelqu'un ?

Elle avait l'impression qu'il ne voyait que ça, qu'il ne voulait pas chercher à comprendre, qu'il voulait se faire mal.

- OUI Y A QUELQU'UN D'AUTRE SI TU VEUX SAVOIR. VOILA ! CA TE PLAIT MIEUX COMME CA !

Lui, il voyait tout bonnement un type onduler bestialement sur Patricia en train de la baiser. Une image pornographique dénuée d'humanité. Il la regarda pour voir si c'était vraiment possible. Et évidement que c'était possible !

- Et c'est mieux avec lui ?

Il se demandait si elle le suçait jusqu'à ce qu'il jouisse, si elle lui donnait ça, si elle lui donnait tout. Ces images inondaient son cerveau.

-         L'amour n'est pas une question de technique. C'est une histoire de désir, c'est tout !

Il regretta d'avoir posé la question, mais c'est tout ce qu'il avait trouvé. Son cerveau tournait en sous régime et la mécanique dérouillait. Cette journée le fatiguait. Peut-être bien qu'elle finirait par avoir sa peau.

- D'accord c'est pas une question de technique. D'accord. Mais est-ce que tout est irrémédiablement foutu ? On peut quand même essayer de continuer, je vais faire le maximum, j'te jure.

- C'est pas possible Alain, vraiment pas !

- Je ne vois pas ce qui est impossible. Au moins le temps d'y voir plus clair. C'est ce qu'on vit depuis un petit moment si j'ai bien compris. On peut prolonger un peu pour voir. On vit ensemble depuis quatre ans, ça compte aussi. Et si tu te plantes avec lui, qu'est ce que tu vas faire ?

- Je suis enceinte. Je le sais depuis hier soir. Il n'y a plus aucun doute.

Il se leva et partit dans la chambre sans piper. Pat l'accompagna vaguement des yeux. En passant à côté du lit, le fil lui fît le coup du piège, le téléphone fît Ding ! il fît VLAM ! Le pied de la table de chevet lui apparu en gros plan, la moquette lui picotait la joue. Il aurait pu se péter le crâne sur cette foutue table. Sa cervelle en petit morceau éparpillée dans une marre de sang. Il aurait l'âme en paix. Une paix royale.

Il n'avait rien fait pour se rattraper et cette chute l'avait achevé. Il n'était plus que le jouet des évènements qui le martyrisaient. Un type enduit de goudron avec des plumes collées partout. Les mains attachées dans le dos. Des larmes envahirent ses yeux. Il avala sa salive.

-         Ca va ? cria Patricia du salon.

-         Ca va, ça va ! dit-il en se relevant.

Il posa son front contre la vitre froide de la fenêtre. Son regard glissait sur le néant.

 

Patricia alluma une nouvelle cigarette, et jouait avec le briquet d'un geste automatique. Son regard était pointé sur le meuble de la chaîne et elle pensait à Alain dans la chambre. Il n'avait rien dit. La pire des réponses. Elle repensait à tout ce qui venait de ce passer. Quelqu'un descendait l'escalier d'un pas lent, avec précaution, mais elle n'entendit rien. Elle alla dans la cuisine pour se dégourdir les jambes. Elle appuya ses fesses contre l'évier en inox. Les tirs d'artillerie avaient cessés. La trêve. Chacun comptait ses morts, et rafistolait ses blessés au mieux. Du côté d'Alain il ne restait plus grand monde. Il était peut-être le dernier survivant. De son côté elle regrettait toute cette violence qu'elle lui avait infligée en dépit de la tendresse qu'elle éprouvait encore pour lui. Elle fît couler un mince filet du robinet. TCHIII. Elle balança le mégot trempé dans le vide ordure et partit dans la chambre. Elle se colla derrière lui et posa une main sur son épaule. Il se retourna. Il cligna des yeux et une grosse larme chaude roula sur sa joue. Ils s'enlacèrent et ils pleurèrent tous les deux. Ils se laissèrent vraiment aller. Dehors une voiture pilât, les pneus gémirent un sacré moment. SCRAAATCH !

-         C'est con de se faire du mal comme ça ! dit Alain qui récupérait. Il commençait à sentir le corps qu'il étreignait, et une petite lumière jaune se mit à briller dans le fond de son cerveau. Peut-être un morceau de soleil. Il posa sa bouche dans le cou de Patricia. Il reniflait l'odeur de shampooing de ses cheveux. Elle le serra plus fort. Ils ne bougeaient plus et les choses prenaient une autre tournure. Leur âme était en train de fondre et se mettait à couler dans le même sens. Il desserra l'étreinte, lui ramena tout une mèche en arrière, et l'attrapa par le côté de la nuque dans la foulée. Ils s'embrassèrent comme des dingues. Leurs langues léchaient, leurs bouches aspiraient, ils respiraient fort par le nez. Les larmes qui s'y mêlaient donnaient un petit goût salé. A bout de souffle ils s'étreignirent à nouveau. Ils essayaient de mettre la main sur leur conscience mais elle leur échappait comme une savonnette mouillée.

Alain la poussa vers le lit, la posa en travers, les deux mains la soutenant dans le dos. Il se retrouva à quatre pattes au dessus d'elle. Il descendit le long des jambes, remonta d'un coup sa jupe verte, la soulagea de sa petite culotte en forme de V avec de la dentelle au bord, et la fît valser derrière. FLOP ! dit la petite culotte en s'écrasant contre la commode. Il plongea tête la première entre ses cuisses et se retrouva le nez planté dans sa forêt pubienne, sa bouche dans cette vallée lisse et luisante. Son crâne baignait dans le rose. Patricia était partie à l'autre bout du monde, Alain en prise directe sur son système nerveux. Il s'était emparé des commandes de son petit mouvement de reins, et elle grimpait en flèche.

- Viens ! Viens maintenant ! gémit-elle.

Il se releva d'un bond, extirpa son pantalon et son slip en dansant sur un pied. Une goutte perla au bout de son sexe pendant qu'un gyrophare lançait ses éclairs au plafond dans deux rectangles bleus. Il y avait urgence.

Elle le guida et il la pénétra doucement jusqu'à toucher le fond et s'immobilisa un moment. Elle inspira. Ensuite elle appuya des deux mains sur ses fesses pour donner la foulée. Alain avait tout d'une chenille sur une brindille. Patricia ne valait guère mieux. Ils étaient tenaillés par cette pulsion venue tout droit du fin fond des temps. Leurs corps avaient largué ce monde et n'étaient plus que deux navires enchaînés, empoignés par les flammes.

Ils jouirent en même, et retombèrent essoufflés. Alan resta un moment en elle pendant que leurs neurones regagnaient gentiment leur place. Quant tout fût rentré dans l'ordre elle l'évacua d'un petit coup de reins. Alain se releva et se trouva un peu ridicule, pieds nus avec sa chemise qui pendouillait. Patricia ne le regardait pas. Pendant qu'il parti chercher une paire de cigarettes Patricia réajusta sa jupe. Il lui en tendit une, ramassa ses frusques qui traînaient et les jeta sur la commode. Après avoir tiré sur sa cigarette il l'écrasa et ne trouva rien de mieux à faire qu'aller prendre une bonne douche. Une douche bien chaude. Il avait besoin de se nettoyer, mais il ne trouva pas la combine pour l'intérieur. Il laissa simplement couler l'eau brûlante sur sa nuque.

Patricia s'assît au fond du lit les jambes repliées avec les bras autour, le front en appuis sur ses genoux. Un filet de sperme tiède coula entre ses fesses. Elle s'essuya avec sa jupe. Quand les premières fourmis lui attaquèrent les pieds, elle s'allongea les bras croisés, les jambes à 120°. Son cerveau : une baraque en bois, à l'abandon avec les fenêtre qui claques en plein vent. Un frisson lui grimpa dans le dos.

 

En sortant de la douche Alain se rasa en grimaçant dans la glace. Son « deux lames » traçait des routes dans la neige. En sortant il ouvrit le placard et s'empara d'une chemise à la lavande, du slip à rayure, du jean patiné, et de la première paire de chaussettes qui lui tomba sous la main. Il s'éclipsa dans le salon.

 

Patricia pris la relève. Elle scruta son visage dans la glace. Elle avait pris dix ans.

 

-         … ben dis donc, t'es pas arrivé avant quatre heure du mat !

-         Ecoute, je t'expliquerais. Mais j'ai vraiment besoin de descendre.

-         Ça m'arrange pas trop en ce moment, j'ai un copain qui est là.

-         Vraiment ça m'arrangerait bien !

-         Bon ! Je te prépare un lit. Je te laisse la clef derrière le pot, t'auras qu'à t'installer. On essaiera de pas faire trop de bruit demain matin.

-         Dans cinq minutes je serais parti.

-         Fais gaffe sur la route ! Aller, je t'embrasse, y a Bob qui s'impatiente.

-         A bientôt ! Je t'embrasse.

Il raccrocha, griffonna sur le verso de l'enveloppe mutilée de la note d'électricité. Il ouvrit une valise sur le lit, et la remplit vite fait. Il déposa le petit mot sur la table, en passant rafla les cigarettes et partit sans ses affaires de toilettes.

En arrivant dans le hall il remarqua une caisse en carton sous les boîtes aux lettres. Il jeta machinalement un œil dedans. Une petite boule noire dormait sur un vieux pull.

Après avoir jeté sa valise sur le siège arrière de la GS, il claqua la porte et cavala dans le hall encore éclairé. Il s'empara de la caisse et le chaton se retrouva à la place du mort. Il fit ronfler le moteur en attendant que les voyants rouges disparaissent. La voiture décolla de vingt centimètres. Il engagea la première et ils s'envolèrent dans la nuit.

... Suite et fin dans "21 bis Rupture"


10/09/2007
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